Histoire du savon de Marseille : de Colbert aux chaudrons d’aujourd’hui
Réponse rapide : né de la rencontre entre l’huile d’olive provençale et le savoir-faire venu d’Alep, le savon de Marseille est encadré depuis l’édit de Colbert de 1688, a connu son âge d’or au XIXᵉ siècle avec près de 90 savonneries, failli disparaître face aux détergents de synthèse, et renaît aujourd’hui porté par quatre savonneries historiques qui cuisent toujours au chaudron.
Des origines… syriennes
Le procédé du savon dur à l’huile végétale arrive en Provence au retour des croisades, inspiré du savon d’Alep, fabriqué en Syrie depuis plus de mille ans. Marseille, port d’huile d’olive et de soude végétale (la salicorne des étangs camarguais), avait tout sous la main : dès le Moyen Âge, la ville savonne. La première savonnerie officiellement recensée date de 1370.
1688 : Colbert grave la règle
Pour protéger la réputation des savons provençaux, l’édit signé sous Louis XIV impose l’usage exclusif d’huiles végétales pures et la cuisson en grandes chaudières. Interdiction d’utiliser des graisses animales, sous peine de bannissement. Trois siècles plus tard, cette règle distingue toujours le véritable savon de Marseille de ses imitations au suif (le fameux sodium tallowate décrypté dans notre page composition).
L’âge d’or, puis la chute
Au XIXᵉ siècle, Marseille compte jusqu’à 90 savonneries et produit 180 000 tonnes de savon par an : le cube marseillais lave la moitié de l’Europe. Puis tout bascule après 1945 : détergents pétrochimiques, machines à laver, gels douche… En cinquante ans, la quasi-totalité des fabriques ferment. À la fin du XXᵉ siècle, elles se comptent sur les doigts d’une main.
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La renaissance par l’authentique
Retour du naturel, chasse au plastique, méfiance envers les compositions à rallonge : le cube renaît depuis les années 2000. Quatre savonneries historiques du bassin marseillais perpétuent la cuisson au chaudron selon le procédé traditionnel en cinq étapes (empâtage, relargage, cuisson, lavage, liquidation) — dix jours de travail pour un savon. Les plus anciennes se visitent, musée et boutique à l’appui.
FAQ histoire
Le savon de Marseille est-il une appellation protégée ?
Non, et c’est tout le problème : n’importe qui peut baptiser son savon « de Marseille ». Une demande d’Indication Géographique portée par les savonneries historiques est en discussion depuis des années. En attendant, la liste INCI reste votre meilleure protection.
Quelle est la plus ancienne savonnerie encore en activité ?
La savonnerie Fer à Cheval, fondée en 1856 à Marseille, est la doyenne encore en fonctionnement — ses bâtiments sont inscrits aux Monuments Historiques. Marius Fabre (Salon-de-Provence, 1900) est l’autre grande maison familiale.
Pourquoi un cube et pas une savonnette ?
Le cube de 300 ou 600 g était le format de découpe traditionnel des pains de savon vendus au poids. Pratique, économique, il est resté l’emblème du produit — la savonnette moulée est venue bien plus tard.
À lire ensuite : la grande histoire du savon, des Sumériens à nos salles de bain · l’histoire du savon d’Alep, l’ancêtre de tous · où acheter un cube authentique.